Sur le côté, repliée
Phan Huyen Thu
Nue au monde, je me replie sur le côté, s’élève en moi la compassion
pour le sort de la belle Ban, le doigt saignant.
Repliée sur le côté,
de la fente de porte s’écoule un courant chaud
solitaire. Repliée sur le côté
sur la rosée revêtant les digues aux bords du fleuve
et s’amusant avec l’ eau de crue mitigée.
Repliée sur le côté, couverte de froid,
l’ancien froid. Dehors, le ronflement sèche les chemins.
Repliée sur le côté. L’hiver
se replie sur le tapis de mousson. Repliée sur le côté
sur les fissures des lèvres
ne s’empressant pas de longtemps auprès des dents et des langues.
Repliée sur le côté,
sur le pays tropical aux quatre saisons,
derrière l’épais soutien-gorge
apparaît une douleur lancinante sans cause,
repliée sur le côté
je reviens ici,
à moi-même.
Traduit par Tu Huy
*
Un poème authentique est un poème dans lequel le lecteur trouve non seulement le sujet écrivant, non seulement l’esprit et la sensation de l’auteur, mais aussi ceux de soi-même, l’image de soi-même. On pourrait dire qu’un tel poème a laissé la place aux autres pour qu’ils puissent y pénétrer par une partie de leur être ou par leur être tout entier. J’ai traduit ce poème de Phan Huyền Thư parce que je m’y suis trouvée, je m’y suis retrouvée. Je l’ai trahi en quelque sorte en y ajoutant quelques mots et la dernière phrase, mais il se peut que ce soit une trahison coopératrice qui fasse du poème un lieu de rencontre et de partage, qui puisse aider le poème, en le poussant un peu hors de sa trajectoire et le mettant probablement dans une autre orbite, en exploitant ses couches latentes d’images et de sens, à revenir à soi-même.
Từ Huy.